vendredi 27 juillet 2012

Des petites visites entre copines (Casa museo Boschi Di Stefano / Santa Maria delle Grazie / L'Ultima Cena de Léornard de Vinci - 23 juin 2012)

Chers amis,

Le 23 juin dernier était une journée toute culturelle partagée avec ma copine taiwanaise Celia.
Nous avions décidé de nous rendre dans une des maisons musées (la dernière qu'il me restait à voir) : la casa museo Boschi di Stefano.

Nous nous sommes rendues sur les lieux... Ce fut une visite riche d'enseignements.
L'avantage de la visite c'est que l'entrée est gratuite ! Youpi ! Donc ne vous privez pas surtout. :-) Ceci dit, je dois dire que nous avons eu beaucoup de chance, car nous avons rencontré un visiteur qui était en fait un historien de l'art, venu pour écrire un article pour sa thèse. Du coup, il nous a donné plein d'explications, notamment sur la peinture italienne, et ce fut bien plus intéressant. En effet, le musée comporte beaucoup de toiles (qui sont organisées par ordre chronologique avec parfois des pièces dédiées à certains artistes), et pour cette raison, il est plus intéressant d'avoir quelques explications concernant les oeuvres, au risque d'être un peu déçu si on ne connaît pas la peinture italienne moderne...

Le musée résulte d'une donation de Stefano Boschi et Marieda di Stefano (elle-même artiste, sculpteur notamment). La collection a été constituée par ce couple qui en a fait donation à la ville de Milan à leur mort. Elle comporte des oeuvres modernes datant du Futurisme (début du XXème) à l'Art informel (datant de la fin des années 1950).
Le bâtiment dans lequel se trouve l'appartement est un immeuble construit par Portaluppi dans les années 1929/31, célèbre architecte milanais des années 1920/1930 (voir article sur les autres case museo, notamment la villa Necchi).

Début de la visite dans la salle de bain :

Au mur des oeuvres d'un artiste qui a travaillé avec Pollock si je me souviens bien...



Au niveau des murs... pas mal de peintures !!!!


Salle du Novecento italiano :

 Piero Marussig La lettrice, 1935
Dans la salle dédiée à Mario Sironi (1885-1961) - artiste italien du mouvement futuriste. Le mobilier est également d'un artiste connu (l'architecte Portaluppi ; j'ai un doute ?!) :



On reconnaît bien là le style de la villa Necchi.


Il faut noter que c'est la première fois dans l'histoire de la peinture italienne qu'un artiste va représenter des choses qui n'étaient alors pas représentées jusqu'alors : à savoir les usines, les endroits désaffectés... De plus, l'artiste a une palette de couleurs très sombres, qui traduisent la noirceur de la situation, et de la condition humaine. On remarquera certains aspects caractéristiques dans la modélisation qui utilise des formes très géométriques comme le cylindre, le parallélépipède... 


Mario Sironi Gasometro, 1922

Modernité de l'époque : tourne-disque et radio

Dans la salle Giorgio Morandi (1890-1964), on observe des oeuvres de l'artiste qui sont très caractéristiques. En effet, ce peintre avait deux sujets de prédilection : les natures mortes représentant des bouteilles/jars en verre et des paysages de nature. Ces derniers sont en fait la représentation d'un seul et même endroit (les abords de sa maison / l'abris de jardin) réinterprêté de très nombreuses fois. L'artiste traduisait les changements de sa pensée à travers la réorganisation des éléments de ses natures mortes. Ainsi il pouvait peindre deux natures mortes représentant des bouteilles en verre, très similaires. Le changement d'un très petit détail, l'ajout d'un flacon, le déplacement d'un des éléments de l'oeuvre étaient constitutives d'un changement d'état mental. L'organisation des bouteilles et flacons traduisait l'état dans lequel l'artiste se trouvait par rapport à son environnement extérieur, et était en somme une métaphore des (maigres) relations sociales qu'il entretenait. Solitaire (voire reclus), il vivait dans une maison dont il a réalisé là-encore de nombreuses représentations variant de peu. La visite d'un ami constituait un changement mental qu'il traduisait par une nouvelle nature morte légèrement différente de la précédente.

Giorgio Morandi Natura morta scura, 1924

En haut à gauche : l'abris de la fameuse maison
Giorgio Morandi Paesaggio, 1941


Dans la salle de l'école de Paris, cette toile est le symbole du succès des oeuvres italiennes dans la capitale française. Elle fut d'ailleurs acquise à Paris auprès du célèbre marchant d'art Léonce Rosenberg.
La représentation est inspirée des techniques datant des Etrusques et de l'Antiquité. Les couleurs quant à elles font penser à celles utilisées dans les techniques de la fresque.

Massimo Campigli Donne salutanti, 1931



Nous arrivons à présent dans des salles contenant des oeuvres vraiment modernes (et par conséquent plus difficile d'accès je dirais). L'une d'elles est dédiée à Lucio Fontana (1899-1968). Cet artiste est un peintre et sculpteur fondateur du mouvement spatialiste, lui-même associé à l'Art informel. 
Les traits noirs que vous voyez sur la toile ne sont pas des traits de peinture, mais les marques de la toile qui a été découpée ; en effet, cet artiste, loin de le représentation d'une quelconque réalité, travaillait sur la symbolique de l'oeuvre et en ce sens, voulait représenter des idées, plutôt qu'une réalité. Ainsi l'idée de déchirer la toile permettait de mettre à jour une autre dimension de l'oeuvre, une quatrième dimension, afin d'entrer en profondeur dans l'oeuvre. Beaucoup d'oeuvres présentées présentent des "trous" dans la toile ou l'ajout d'éléments collés (comme des cailloux, des pierres, des morceaux de verre...) C'est très original - et assez déroutant au départ !

Lucio Fontana Concetto spaziale. Attese, 1958-1960  

Vous noterez que la table est recouverte d'une faience colorée, assez chouette d'ailleurs !

Malheureusement il me manque la photo d'une oeuvre qui ressemble étrangement au Carré Blanc sur Fond Blanc de Malevitch (exposé au MoMA, NYC). Il s'agit d'une oeuvre de Piero Mansoni (1933-1963) - Piero Manzoni Rettangolo, 1958  - un artiste italien, pionnier de l'Arte Povera et de l'art conceptuel. Cet artiste a notamment vendu des "cacas" de "sa" conception (excréments humains intitulés "Merda d'Artista" - voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Merde_d'Artiste) qu'ils numérotaient... On retrouve l'idée d'artefact et de ready-mades tels que Duchamp les a conçus en France.

Cette visite était vraiment enrichissante avec les apports de notre "guide" spécial. Elle nous a permis de découvrir la peinture moderne italienne, que je ne connaissais pas.


Après cette intermède pictural, nous nous sommes rendues dans l'église de Santa Maria delle Grazie, une grande église que je souhaitais visiter avant mon départ. Nous ne fûmes pas déçues ! Elle est magnifique. Majestueuse et colorée dès l'extérieur, on a envie d'aller voir son intérieur, qui lui aussi ne déçoit pas, tant par la majesté des volumes, que par les décorations et couleurs qui y sont présentes.






La visite était d'autant plus chouette que lorsque nous sommes arrivées, il y avait quelqu'un qui jouait à l'orgue de l'église : quel bonheur !



Dans le cloître du couvent dominicain adjacent à Santa Maria delle Grazie :















Avec ma copine Celia - cadrage par un italien de passage (lol)

Nous avons eu une chance folle ce jour-là. En effet, en six mois, je n'avais toujours pas vu la célèbre oeuvre de Léonard de Vinci "L'Ultima Cena" (La dernier Repas littéralement). Il s'agit d'une détrempe assez voire TRES grande (4,60m x 8,80m) réalisée par le maître entre 1494 et 1498. 
Cette oeuvre est un chef-oeuvre par ses dimensions et sa facture, mais constitue surtout un patrimoine très précieux dans la mesure où l'oeuvre a été réalisée selon une technique (le "buon fresco") qui met fortement en péril sa conservation. En effet, cette technique ne permet pas une bonne conservation de l'oeuvre. D'ailleurs, des témoignages font état de sa dégradation dès les années qui suivirent sa réalisation. La dernière restauration terminée en 1999 a permis de mettre à jour l'oeuvre originale de Léonardo qui dénote une facture et une mise en scène des personnages très moderne, lesquels sont ainsi facilement identifiables. L'oeuvre présente une mise en scène avec perspective qui permet de faire une trompe l'oeil afin d'agrandir la pièce (déjà grande - il s'agit du réfectoire). J'ai trouvé les couleurs assez vives.



L'oeuvre est vraiment chouette je dois dire. C'était très impressionnant... 
Je dis que nous avons eu beaucoup de chance car pour la voir, il faut normalement réserver, parfois plusieurs mois à l'avance. Pour des questions de préservation de l'oeuvre, elle n'est accessible que par groupe limité tous les quarts d'heure (je pense aussi en raison du lieu). Aussi nous nous sommes rendues sur place et nous avons pu obtenir deux billets sur le champ pour le quart d'heure suivant. C'était vraiment notre jour de chance ! Je me voyais déjà repartir sans avoir vu cette oeuvre majeure de Milan. Mais finalement j'ai pu la voir et ce fut un réel plaisir. 
Je conseille vraiment la visite de l'église et de cette oeuvre. C'est un peu un moment hors du temps et mystique qui vaut vraiment le coup !!!

Après cette belle journée culturelle, il était temps pour moi de rentrer me préparer à la maison, pour la soirée qui s'annonçait... ma farewell - en fait une farewell commune avec mon "filleul" Aurélien.
A suivre...

A bientôt pour la suite (et fin des aventures milanaises !)
Maïlys



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